Exploration des résonances de basse énergie d'un noyau doublement magique à la drip-line, l'24O. Les résultats de la campagne MUST2 à RIKEN.
V. Lapoux (CEA-Saclay Irfu/SPhN) pour la collaboration de RIBF57
11h GANIL seminar room (105)
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Il n'existe à ce jour aucun cadre théorique unifié permettant de comprendre
l'ensemble des propriétés nucléaires des noyaux situés à la drip-line, les
faibles énergies de liaison, les surfaces nucléaires diffuses, les caractéristiques
de leurs états résonants, les sauts de couches modifiés et les nombres magiques
nouveaux par rapport à la situation connue dans la vallée de stabilité.
Leurs états de diffusion sont plus proches des états du continuum que dans
les noyaux stables, aussi les couplages au continuum jouent-ils un rôle
particulier dans la description de ces noyaux. Tous ces aspects représentent
des contraintes pour les calculs microscopiques des modèles nucléaires [1].
Ces effets peuvent être explorés dans le cas de l’24O. Expérimentalement la
limite de liaison en neutrons n’est pas connue au-delà de la chaîne isotopique
de l'Oxygène, avec l’24O, dernier isotope lié ; pour Z > 8, les calculs théoriques
divergent sur la position de la drip-line en neutrons. Dans la région des noyaux autour
de l'24O, la fermeture de couches N = 16 a été indiquée, ou mise en évidence (26Ne),
et interprétée comme liée à une augmentation de l'écart entre les couches 2s1/2 et 1d3/2.
Les propriétés du saut de couches N = 16 dans l'24O peuvent être déduites de l'étude
des excitations de neutrons en mesurant les diffusions élastiques et inélastiques
sur protons. Comme l'24O n'a aucun état lié, la technique de la spectroscopie de particules
est bien adaptée pour mesurer les spectres en énergie d'excitation de l'24O par masse
manquante à partir des caractéristiques cinématiques du proton, et ainsi obtenir
la position du premier état 2+ et des autres états excités possibles à basse énergie
(E < 16 MeV). Mais l'étude des noyaux à la drip-line par (p,p') est difficile du fait
des intensités très faibles des faisceaux les plus riches en neutrons produits
actuellement sur la scène internationale. L'expérience (p,p') avec l'24O est devenue
possible avec les faisceaux intenses produits par la machine RIBF [2] de RIKEN.
En 2010 le faisceau d'24O fut produit à 263 MeV/n et à des intensités exceptionnelles
(1100/s) sur la ligne BigRIPS [3] ; les réactions (p,p') furent mesurées avec le
multi-détecteur de particules chargées légères MUST2 [4].
Le séminaire présentera le dispositif implanté à RIKEN pour la campagne de mesures
et les résultats obtenus lors de l’expérience (p,p') (RIBF57) : d’une part les spectres
en énergie de l’24O et, d’autre part, les distributions angulaires élastiques de
l’24O et de ses contaminants (25F et 23O) et du noyau de référence, l’22O, à des
énergies autour de 260 MeV/n. L’extraction de la position des états de l’24O seront
discutées. Les données seront comparées aux résultats de calculs microscopiques
récents qui prennent en compte explicitement les effets de couplages au continuum
et de forces à 3 corps.
[1] T. Otsuka et al., Phys. Rev. Lett 105, 032501 (2010).
[2] T. Kubo et al., NIM. Phys. Res. B 204, 97 (2003).
[3] T. Ohnishi et al., J. Phys. Soc. Jpn. 77, 083201 (2008).
[4] E. Pollacco et al., The MUST2 collaboration, Eur. Phys. J. A 25, 287 (2005).

